, Bérod Patrick

Entretien de la réserve du Verney - Deux étapes pour revitaliser les zones humides

Deux journées d'intervention dans la réserve naturelle du Verney à Martigny

Première phase – Février 2026

La première intervention de l’année à la réserve du Verney s’est déroulée dans une ambiance calme et très froide, un lundi de février. Aux côtés de deux employés de la commune de Martigny et du garde champêtre, plusieurs membres du GOVS se sont mobilisés pour couper les roseaux autour des mares et abattre quelques arbres devenus trop envahissants, dont l’emprise contribue à l’assèchement progressif des zones humides.

Patrick Bérod et Christian Keim en pleine discussion avec les employés de la commune de Martigny

Le travail avance laborieusement : progresser dans les roseaux fraîchement coupés demande de la patience, les tiges rigides rendant chaque pas hasardeux. L’action reste pourtant essentielle : la végétation gagne du terrain et colonise progressivement les mares. L’eau partiellement gelée nous permet d’approcher plus aisément les secteurs à dégager.

La pause de milieu de matinée offre un moment d’échange convivial entre les employés de la commune et les bénévoles présents, chacun partageant observations et expériences de terrain.

Benoît Fort, garde champêtre de la commune de Martigny, ne ménage pas ses efforts

L’après‑midi, le travail se poursuit dans le même esprit méthodique. Les équipes restent à l’ouvrage et les sons réguliers des faux à moteur et des tronçonneuses accompagnent encore les opérations avant que l’intervention ne prenne fin quelques heures plus tard.

Un grand merci à la commune de Martigny et ses employés ainsi qu’aux membres du GOVS pour leur participation à cette première journée d’entretien.


Deuxième phase – Mars 2026

Un matin de mars, la réserve s’éveille dans le calme. Quelques pêcheurs se pressent vers la grande gouille à l’occasion de l’ouverture de la pêche réglementée. Quelques Grands Cormorans glissent au‑dessus de nos têtes, modifiant légèrement leur trajectoire habituelle vers un festin désormais perturbé. Les premiers rayons du soleil n’atteignent pas encore la pointe des roseaux lorsque l’équipe du jour se rassemble.

Une des mares du Verney
Le niveau de l'eau à quelque peu monté depuis février dernier

La fraîcheur nous pousse à nous mettre en mouvement. Nous faisons le tour de la zone d’intervention, espérant observer des espèces qui deviendront peut‑être plus discrètes une fois les travaux commencés. Depuis les monticules de terre au sud‑est, la vue sur le Verney est dégagée. La roselière reste immobile. Nous poursuivons notre marche sous le regard intrigué de quelques vaches d’Hérens, puis rejoignons la rive gauche du canal du Syndicat. Les chants se multiplient : une Bergeronnette grise défend son territoire près de la gravière, tandis qu’un Tarier pâtre se laisse admirer en passant d’un perchoir à l’autre, chantant sans arrêt. Nous longeons ensuite la partie nord‑est de la réserve et grimpons sur une butte pour scruter une nouvelle fois l’étendue de roseaux… toujours sans signe de vie visible.

Le Tarier pâtre sur son poste de chant.

Il est temps de récupérer le matériel - fourches, râteaux, bâches - et de rejoindre les secteurs déjà fauchés lors de la première intervention. Le soleil réchauffe enfin l’air, mais c’est surtout l’effort qui nous pousse à retirer nos couches les plus chaudes.

On bouge : ça réchauffe !

Nous nous répartissons en deux groupes. La mission : extraire les roseaux du centre de la réserve, retirer ceux qui trempent encore dans les gouilles et les transporter jusqu’aux bords de la zone. Les bottes sont précieuses : les pluies récentes ont rempli les dépressions, qui s’assécheront pourtant totalement d’ici l’été.

La pause de midi apporte un moment de calme. Autour du pique‑nique, nous savourons le silence retrouvé. Sans le frottement des bâches, certains entendent même le cri d’une Rémiz penduline. Jumelles en main, nous balayons la roselière… en vain : elle reste invisible dans cette mer beige.

Une pause s'impose.

La reprise se fait en douceur. Chacune et chacun déploie son énergie pour déplacer les masses végétales accumulées. Les buissons et les arbres coupés demandent un effort supplémentaire pour être rassemblés en tas. Grâce à la force collective, le travail avance rapidement et le dernier tas est terminé plus tôt que prévu.

Sur la gauche, la zone dégagée

La journée s’achève en milieu d’après‑midi. Nous nous quittons satisfaits, certains que la nuit offrira un repos bien mérité après cette nouvelle étape de bénévolat au cœur de la réserve.

Un grand merci à Alexandra, Célestin, Christine, Elysa, Julia, Marielle, Patrick, Pietro pour leur participation active


Pour aller plus loin

L’essentiel de l'histoire de la réserve du Verney en 8 points

Période Évènement
Avant 1900 plaine alluviale du Rhône (bras tressés), Dranse vagabonde, étangs, roselières et dunes sableuses au coude du Rhône. Toponymes «Verney», «Chantons», «Courvieux».
1860–1878 bras secondaire encore visible (cartes Dufour), puis canal du Tolléron qui le remplace (cartes Siegfried).
1979–1980 ouverture des gravières pour l’A9 ; abandon du site au Verney (gravier médiocre) → fosses inachevées qui s’ennuagent de vie.
1982–1985 mobilisation naturaliste (Groupe d’action Verney), rapport à la commune : «Un milieu naturel digne de protection».
1990 virage pédagogique — enseignants et commune soutiennent le Verney comme réserve didactique de proximité.
1996–2005 PAZ (zone mixte avec protection de la nature). Conflit puis fermeture définitive de la piste de motocross (Tribunal fédéral, 2005).
2010–2011 grande renaturation (commune + canton, conduite par Philippe Werner) : décapages, zones inondables, buttes d’observation, sentier et panneaux.
Depuis 2010 maillon d’un réseau de zones humides de plaine ; forte valeur écologique et pédagogique.

Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir l’histoire de cette réserve naturelle, nous recommandons la lecture du Bulletin n°21 de l’association patrimoines de Martigny : Une nature à visage humain – Le Verney (2021) de Christian Keim, également présent lors de la première journée d’intervention.