, Bérod Patrick

Migration des rapaces au Hucel, Haute-Savoie (FR)

Malgré une météo froide et incertaine, la sortie d’observation au Hucel a permis d’assister à un magnifique passage migratoire de rapaces, avec plus de cent Milans noirs observés de très près. Entre vent, nuages et éclaircies sur le Léman et le Jura, cette journée a offert un moment d’émerveillement face à la force et à la beauté de la migration printanière.

En cette fin de mois de mars, le choix du lieu d’observation a longtemps hésité entre le Hucel et les Grangettes. Depuis plusieurs jours, la météo jouait avec les nerfs des observateurs : pluie, éclaircies, vent et nuages se succédaient dans les prévisions comme dans un ciel incapable de se décider. Puis, la veille au soir, une fenêtre plus clémente semble enfin s’ouvrir. Le Hucel sera notre destination.

À l’aube de ce dimanche printanier, nous nous retrouvons à la gare d’Aigle avant de prendre la route vers la Haute-Savoie. Après moins d’une heure de trajet, nous atteignons le petit hameau accroché au-dessus du Léman. Une fine pellicule de neige saupoudre encore les prairies, comme un dernier souffle d’hiver posé sur les herbes vertes.

La montée jusqu’au point d’observation est courte mais vivifiante. Là-haut, le vent d’est nous accueille sans douceur. Il balaie l’arête et glace les mains malgré les couches de vêtements. Les nuages sont si bas qu’ils avalent presque entièrement les reliefs voisins ; seules les premières installations de Thollon-les-Mémises émergent du gris.

Les heures s’étirent lentement dans le froid. Quelques fragments de neige gelée se détachent de l’antenne et s’envolent dans les bourrasques. Au loin pourtant, le Jura apparaît baigné de lumière, comme une promesse de changement.

Puis, peu à peu, le ciel s’allège. Le vent faiblit, tourne à l’ouest, et l’atmosphère se transforme. Les premiers rapaces apparaissent enfin au-dessus du relief.

Ce jour-là, les conditions ne favorisent pas les grands vols migratoires. Les oiseaux peinent à trouver les courants thermiques qui les portent habituellement vers le nord. Mais cette difficulté nous offre un privilège rare : les rapaces passent près de nous, presque à portée de regard.

Les Milans noirs ouvrent le bal. Certains glissent si près que l’on distingue l’éclat sombre de leur œil et les nuances rousses de leurs plumes. Derrière eux suivent les Milans royaux, quelques Éperviers d’Europe et d’autres voyageurs ailés poursuivant leur route malgré le froid et le vent.

Au fil de la journée, 113 Milans noirs seront observés, accompagnés de nombreuses autres espèces. Une migration discrète peut-être, mais intensément vivante.

Outre les Milans noirs, voici la liste des espèces que nous avons rencontrées :

16    Milans royaux
10    Moineaux domestiques
9    Éperviers d'Europe
4    Grand Corbeaux
4    Pigeons ramiers
2    Buses variables
2    Faucons crécerelles
2    Harles bièvres
1    Autour des palombes
1    Chardonneret élégant
1    Corneille noire
1    Faucon pèlerin
1    Grive draine
1    Grive musicienne
1    Merle noir
1    Mésange charbonnière
1    Mésange noire
1    Rougegorge familier

À titre personnel, je suis impressionné par tous ces rapaces qui ont défilé sous nos yeux. Leur instinct migratoire les tirait comme un fil invisible vers leur destination, même si leur progression demandait beaucoup d’énergie. La vue depuis le point d’observation est magnifique : le plateau, le lac, le plateau suisse, le Jura et les Préalpes s’offrent à nous, et je me plais à imaginer tous les paysages que les Milans noirs ont pu voir défiler depuis leur zone d’hivernage en Afrique.

Nous terminons les observations en fin d’après-midi, non mécontents de retrouver des températures plus clémentes et moins de vent dans les véhicules.

 

Pour en savoir plus sur le lieu d'observation du Hucel :
Mission Migration - Le Hucel
Ornithomedia - Le Hucel, un site privilégié pour suivre la migration des rapaces
birdingplaces.eu - Le Hucel