Sortie au Scex Carro
Rendez-vous est donné à 7h20 à la gare de Martigny.
Depuis la plaine, un voile laiteux adoucit la lumière de ce jour d’octobre. L’inversion domine : au-dessus de la brume, le ciel se révèle d’un bleu limpide. À mesure que nous gagnons de l’altitude, les mélèzes s’embrasent, leurs aiguilles dorées flamboyant sous la clarté.
À la sortie des véhicules, le givre qui ourle la prairie et la brise piquante nous rappellent que nous sommes sur le versant ouest, où le soleil tarde à franchir la crête. Qu’importe : un point sombre se détache à la cime d’un mélèze éclatant. La silhouette d’un Tétras lyre se découpe sur le ciel clair. Un signe prometteur !
Les premiers « gougloutements » résonnent sur la gauche, tout près. Nous entamons la montée, foulant l’herbe givrée. Les roucoulements s’intensifient sur notre droite : les coqs sont proches. Le groupe s’immobilise, scrutant la lisière sombre.
Là, à une cinquantaine de mètres, un premier oiseau apparaît, puis un autre derrière un tronc. Enfin, un troisième se dévoile. Nous assistons à leurs joutes sonores, ponctuées de « tiou-ouiiich » stridents, lancés au paroxysme de l’excitation, ailes vibrantes. Par instants, les chanteurs déploient l’éventail blanc de leur queue en forme de lyre. Bien que le soleil n’atteigne pas encore la forêt, la lumière révèle les reflets bleu acier de leur plumage. Tour à tour, les coqs gonflent la base du cou, roucoulant avec ardeur.
Tétras lyre mâle
Soudain, l’un d’eux se fige, tend le cou vers le ciel, puis s’envole, suivi des deux autres. Leur vol rapide et rectiligne disparaît dans nos jumelles attentives. Les poules, discrètes sous leur parure cryptique, resteront invisibles.
Le cou gonflé, ce mâle s'exprime
Nous reprenons la marche alors que les premiers rayons dissolvent le givre. Le sentier serpente entre des mélèzes dorés et des arolles. Des Cassenoix mouchetés surgissent, leur jabot gonflé trahissant la récolte. Au sol, quelques individus s’affairent à enfouir leurs trésors, besogneux et furtifs.
Le triangulaire Catogne et ses airs de volcan
Bientôt, nous atteignons l’arête du coude du Rhône. À gauche comme à droite, la brume emplit la vallée, un océan immobile. Le Catogne, le Mont de l’Arpille et d’autres reliefs émergent tels des îles. Des Combins au Mont Blanc, la vue est grandiose, presque irréelle.
Nous descendons vers l’antenne du Scex Carro.
Le Grand Chavalard et La Grand-Garde émergent de la vallée du Rhône.
Quelques passereaux – Rougegorges, Mésanges alpestres, Mésanges huppées, Pinsons des arbres – animent les buissons, mais la journée demeure calme. Sur le chemin du retour, la douceur s’installe ; nous espérons croiser quelques grands rapaces, mais ils resteront fantômes. Le sentier de crête domine les falaises de Fully. Parmi les rochers, une étagne nous observe, l’œil vif, et souffle bruyamment. Plus haut, des pierres dévalent : une congénère la rejoint.
Deux bouquetins femelles nous observent
À l’intersection des sentiers, nous descendons admirer le Portail de Fully. Deux femelles bouquetins attirent nos regards : l’une, troglodyte, blottie dans une grotte ; l’autre, postée à l’entrée, nous surveille avec curiosité.
Une étagne joue les sentinelles au Portail de Fully
La faim se fait sentir. Nous regagnons la crête sous la Tête du Portail. L’endroit est parfait pour une halte : la vue s’ouvre sur la vallée du Rhône, Dorénaz, et l’alpage de Sorniot.
Après cette pause bien méritée, nous reprenons le chemin du retour. La descente douce, baignée de soleil, nous ramène rapidement à notre point de départ. Le groupe rejoint les transports, le cœur léger, les yeux encore imprégnés des couleurs flamboyantes de l’automne et du souvenir des Tétras.
Sortie guidée par Elysa Pannatier et Patrick Bérod
Participants : Caroline, Chantal, Laurent, Marie-Luce, Marie-Thérèse, Nicole, Tania, Yonah
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